L’ardeur au travail, mère de tous les vices

Publié le par Beziers Citoyens à Gauche

L’ardeur au travail, mère de tous les vices.
 
 
Votre patron vient de vous demander de faire des heures supplémentaires. Vous êtes saisi, en face de lui, d’une crainte révérencielle qui paralyse en vous l’élan cérébral. Vous acquiescez.. Peut-être aussi avez vous été sensible aux fallacieuses incantations de ce personnage qui vous promet qu’en travaillant plus vous connaîtrez enfin le bonheur par l’argent. Vous avez rejoint, malgré vous, la longue cohorte des candidats au mirage de la réussite sociale.
Cependant vos journées de travail sont devenues interminables et épuisantes. Vous rentrez chez vous en proie au stress. Vous êtes de mauvaise humeur et vous répondez durement à votre épouse qui vous dit que c’est bien tard pour souper : vous travaillez, vous ! A table les enfants n’osent pas ouvrir la bouche, sauf la petite dernière que vous faites pleurer quand elle vous demande comment on écrit le mot « sourire ». Enfin vous éclairez votre vie familiale en parcourant, le dimanche, ces magasins à grande surface où vous dilapidez en futilités les gains de vos heures supplémentaires. C’est le bonheur qu’on vous avait promis.
Pendant ce temps vos heures de travail connaissent un régime spécial de cotisations sociales et ne sont pas comptabilisées pour votre retraite. Vous contribuez à accroître le déficit de notre protection sociale commune et vous n’alimentez pas votre caisse de retraite. Vous participez ainsi au démantèlement programmé de nos acquis sociaux.
Enfin, si vous êtes plusieurs à être tombés dans ce traquenard, vous totalisez, pour le plus grand profit de votre patron, des heures de travail qui auraient permis de créer un ou plusieurs emplois à temps plein. Quelques chômeurs attendaient leur tour dans l’angoisse et la détresse. Vous leur claquez au nez la porte de l’entreprise, sans vergogne.
Vous, qu’on a connu autrefois soucieux du sort des démunis, militant actif d’une association caritative, vous voilà devenu insensible aux autres, gagné par l’individualisme du temps, et prêt pour gagner plus, à piétiner votre prochain, à éliminer vos concurrents, à oublier votre vie de famille. Vous êtes entré dans un système que vous ne contestez plus, et vous contribuez complaisamment à la prospérité de ceux qui vous exploitent.
Au point où vous en êtes, il est douteux que vous puissiez un jour quitter le domaine de l’illusion, et que vous échappiez à ce conformisme qui fait de vous l’agent inconscient de l’injustice sociale.
Or, pendant que vous vous agitez, votre épouse qui n’a rien perdu de sa clairvoyance, vous observe en méditant sur le sens de la vie. Une tentation s’empare d’elle : ne devrait-t-elle pas enseigner à vos enfants les vertus apaisantes de la paresse ?
 
Béziers le 22 février 2008. Georges Apap.
 
 

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