Françoise Lubac enseignante explique le quotidien vécu.

Publié le par Beziers Citoyens à Gauche

"Pourquoi nous sommes candidats sur une liste citoyenne, après PIA MELILLO, qui a développé ses raisons parmi lesquelles l' augmentation de la misère constatée tous les jours sur son milieu de travail, Kadda  BELKHEIR sur les discriminations, Françoise Lubac enseignante explique le quotidien vécu..." 





Je m’appelle Françoise Lubac. Béziers est ma ville natale. J’y suis revenue. J’enseigne le français et la littérature au lycée Jean Moulin.
Hier une élève de 16 ans a pleuré dans mon cours : elle n’a pas les moyens de donner 6 euros pour payer sa place de théâtre.
Hier un élève – un vif, l’œil toujours en ébullition, étourdissant de questions -  m’a dit qu’il ne viendrait pas voir la pièce : ses parents habitent un village pas loin – les loyers y sont moins chers qu’à Béziers – et ils n’ont pas les moyens de faire réparer leur voiture en panne. Il s’excuse.

Cet autre a 18 ans, il ne sait pas ce qu’il fait là. Il me fait comprendre avec un sourire qu’il ne faut pas que je m’inquiète de ses résultats et de son avenir ; les dès sont jetés. A la Devèze, on sait se débrouiller.

Celle-ci a 18 ans, elle est jolie, elle sait s’habiller ; elle s’achète souvent de nouvelles choses. Ce qui la gêne, ce qui la trouble, c’est le regard des femmes et des hommes qui se tiennent devant les vitrines et qui tendent la main : elle se sent impuissante.
Lui a 17 ans. Ses parents n’ont pas de problème d’argent. Il ne supporte pas la haine qui s’exprime face aux étrangers. Il la vomit. Il voudrait faire quelque chose. Il voudrait ne plus voir ça. Il me dit que la Droite et la Gauche, ça n’a plus de sens.
Eux ne viendront pas parler facilement. Les fonds sociaux d’aide aux lycéens et aux collégiens n’ont pas été renouvelés : il n’y aura pas d’aide pour payer la cantine, pour payer les tickets de bus, pour acheter les fournitures scolaires. Même les sandwichs avalés à la va vite sont devenus trop chers.


 L’un d’entre eux vit dans un garage à Béziers.
Il ne m’agressera pas si je lui dis que la Culture est un vaste univers ouvert à tous, qu’il existe mille chemins pour la rencontrer et la faire sienne. Il m’écoutera lui dire que l’Education est notre bien précieux. Qu’ils sont tous nos enfants de demain. Il ne m’agressera pas. Mais je sens sa colère bouillonner comme un gros chaudron.
Je regarde encore ceux-là qui nous verront vieillir, qui voteront demain. Leur responsabilité est écrasante. La Nôtre l’est plus encore. Heureusement qu’il y a les Nike, et les MP3. Qu’ils peuvent encore croire que leurs épaules sont légères, que nous nous chargerons d’une part de leur futur fardeau.
 
 A force de demander un bus gratuit pour permettre à tous ceux là d’aller au théâtre, nous avons fini par l’obtenir, ce bus. Nous les prendrons tous, nous nous débrouillerons. Peut-être que nous nous ennuierons tous au théâtre, mais ne n’est pas grave. Les mondes nouveaux sont violents et il faut accepter d’y aller. N’est-ce pas une violence salutaire, quand on vit à Béziers, qu’on a un toit sur la tête et un salaire qui tombe, que de se retourner sur ceux qui n’ont même plus les moyens de se demander ce qu’ils font là ?
 
On pensera à vous, citoyens, citoyennes, ce soir et les autres soirs.
 

Publié dans Debat- Commentaires

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